Dépêche

Jeudi 7 mai 2020
7930

Chers.ères membres, chers.ères partenaires,

En mars dernier, la rencontre du spectateur avec l’art chorégraphique a cessé d’occuper la même place dans nos vies. Nous avons été plusieurs à questionner notre rapport à la culture et à notre société. Pendant quelques instants, nous avons délaissé les impératifs de la rencontre artistique pour penser au bien-être de nos proches, de nos collègues, de nos organismes et de notre milieu.

À travers toutes ces incertitudes, l’équipe de La danse sur les routes du Québec (La DSR) s’est mobilisée pour offrir du soutien et adapter ses activités au fil des rencontres, des échanges, auxquels vous avez contribué avec une grande générosité. La collaboration est au cœur de notre mission: travailler étroitement avec les artistes, les compagnies et les diffuseurs afin de propulser la danse et soutenir sa vivacité auprès d’un public grandissant.

Nous maintenons des échanges actifs avec nos partenaires publics et associatifs qui sont à l’écoute de nos préoccupations. Sans surprise, nous insistons sur l’impact du ralentissement du développement international pour la danse dont l’écologie repose sur l’exportation. C’est pourquoi nous croyons qu’il est nécessaire d’augmenter les ressources en développement international dans les délégations du Québec à l’étranger, ainsi que d’assouplir les règles des programmes d’aide à la tournée pour soutenir la relance avec agilité. Il sera aussi impératif d’orchestrer un travail de concertation pour les événements de développement de la diffusion tels que Parcours Danse si nous souhaitons réellement soutenir le milieu. D’ailleurs je vous annonce qu’un appel à candidatures sera lancé pour former un comité consultatif portant sur les enjeux stratégiques de l’événement.

Le calendrier de tournée de danse du Québec en 20-21 s’effrite. Force est de constater que plusieurs diffuseurs de danse devront se tourner vers de plus petites formes. Si la danse prend la scène au Québec d’ici le mois de décembre, ce sera possiblement souvent sous forme de solo. Plusieurs diffuseurs québécois.es évaluent qu’ils ne seront pas en mesure de diffuser des pièces de groupe avant janvier 2021. Les diffuseurs ont accompli dans la dernière décennie un travail extraordinaire en complicité avec les artistes pour développer ce lien si précieux entre la danse et nos concitoyens. Aujourd’hui ce lien prendra de nouveaux chemins, tantôt par le numérique, tantôt par des représentations qui seront peut-être sous les règles d’une distanciation physique. Nous observons chez nos membres diffuseurs spécialisés.ées une certaine capacité à maintenir divers formats de diffusion de la danse à l’automne. Néanmoins, la crise expose la fragilité des diffuseurs pluridisciplinaires. Engagés.ées corps et âme dans la danse, nos partenaires pluridisciplinaires seront nombreux.ses à perdre des acquis, des ressources humaines et à devoir diminuer le nombre de représentations de leur saison de danse. Peu importe le chemin que les créateurs et les diffuseurs décideront de prendre ensemble, La danse sur les routes du Québec se fera un devoir d’être là pour les accompagner. Déjà, nous lançons une réflexion sur l’ajustement du Programme de développement de la danse qui soutient 22 diffuseurs pluridisciplinaires à travers le Québec pour la présentation de spectacles et d’initiatives de développement des publics.

À travers ces chambardements, La DSR doit revenir aux orientations de son plan stratégique dans lequel elle a pris un engagement envers les artistes autochtones ou dits de la diversité. Si la crise que nous traversons est une occasion de repenser nos modèles, et de les revoir d’une manière fondamentale, nous devons saisir cette opportunité pour repenser notre écologie en y intégrant la voix de ceux et celles qui peuvent être marginalisés.ées par nos systèmes et nos institutions. Il va sans dire que je pense aussi à la représentativité des artistes de la danse adaptée, de pratiques sous représentées et aux communautés LGBTQ++. Après avoir tenu haut et fort de beaux discours sur l’équité, après avoir fait des reconnaissances de territoires autochtones dans nos événements, après avoir fait quelques trop rares places sur des comités à des femmes racisées, nous nous devons d’agir en donnant à tous et à toutes une voix dans la réflexion de ce que deviendra la danse et ses institutions. Nous devons passer de la parole à l’acte en incarnant des pratiques inclusives.

Je fais donc appel à vous chers.ères collègues, pour repenser notre avenir collectif, non pas en pensant à notre survie au cours des 12 prochains mois, mais en ayant en tête un enseignement qui nous a été transmis par les premières Nations: pensons aujourd’hui au développement de la danse pour les sept futures générations de chorégraphes, d’agents.es, de diffuseurs et de spectateurs.trices.

Pierre-David Rodrigue

Directeur général