Il y a des lieux culturels où l’on vient voir des œuvres. Et puis il y a ceux où l’on assiste à leur naissance. Au Théâtre du Bic, la création est un processus vivant, partagé, profondément humain. À travers ses résidences d’artistes, le théâtre s’affirme comme un véritable espace de recherche, d’essais, de rencontres et de transmission.
Diffuseurs, mais artistes avant tout
La particularité du Théâtre du Bic, c’est peut-être d’abord celle de sa directrice. Si Marie-Hélène Gendreau, comédienne de formation, occupe aujourd’hui un rôle de directrice artistique, son parcours d’artistes n’est jamais bien loin : il imprègne leur manière d’accueillir, de soutenir et de comprendre les projets.
Cette sensibilité se traduit par une attention portée à toutes les étapes de la création, depuis les premiers élans jusqu’aux ajustements techniques les plus précis. Elle nourrit aussi un désir fort : celui d’ouvrir les portes du processus aux spectateurs, leur faire découvrir les zones de recherche, les fragilités, les essais.
Et le public répond présent ! Les sorties de résidence affichent souvent complet, synonyme d’un engouement réel pour ces moments de proximité, d’échange, où l’on assiste à quelque chose d’unique et d’inachevé.
Une résidence longue, un accompagnement en profondeur
Le projet Les petits désordres de la chorégraphe Soraïda Caron illustre parfaitement cette philosophie. Œuvre intime et profondément personnelle, le projet a bénéficié d’une résidence longue, une première pour l’artiste ! Concrètement, cela signifie un accompagnement étalé sur deux ans, comprenant un soutien financier, une souplesse dans l’accès aux espaces et des échanges bienveillants avec l’équipe.
Lors de ces deux années, Soraïda Caron a donc pu revenir au théâtre chaque fois que le besoin se faisait sentir, ajustant son calendrier de création au rythme réel de son œuvre. Autour d’elle, toute une équipe s’est mobilisée : Marie-Hélène Gendreau l’a accompagnée sur les enjeux de dramaturgie et de prise de parole, tandis que Paul-André Fortier assurait le mentorat chorégraphique, et Stéphanie Pelletier en soutien à l’écriture. Toute l’équipe du théâtre a également été mise à profit : direction technique, communications, promotion, les dons de temps et de matériel ont été cruciaux dans le processus. Par exemple, lors de la résidence technique, un accompagnement complet pour l’éclairage, les tapis de danse, et la mise en place scénique lui a été offert. Un véritable filet de sécurité pour une artiste sans directeur technique attitré !
Un ancrage fort dans le territoire
Au Théâtre du Bic, la résidence longue est toujours accordée à un·e artiste du territoire. Ce choix est très clair et assumé. Cette résidence phare vise à soutenir en priorité celles et ceux qui créent ici. Prenant en compte que les pratiques artistiques en région sont multiples, souvent hybrides et interdisciplinaires, le théâtre a choisi d’ouvrir plutôt que de restreindre ses critères de sélection : autrice, chorégraphe, musicienne : chaque année, une profession différente est mise de l’avant lors de la résidence longue, affirmant ainsi une vision inclusive des arts vivants.

Un engouement du public
Les sorties de résidence du Théâtre du Bic attirent un public varié, et ce n’est pas un hasard. Elles participent à une démocratisation de l’art, ainsi qu’à une éducation sensible du regard. Le public développe ainsi un sentiment d’appartenance, et suit l’évolution d’une œuvre, créant une rencontre privilégiée avec les artistes et leur travail.
Lorsque les thématiques s’y prêtent, le théâtre tisse aussi des ponts avec des communautés, par exemple en les invitant à assister à des étapes de création d’ouvres qui les concernent directement. Marie-Hélène Gendreau se réjouit également de voir que des élèves de la ville descendent la côte à pied pour venir « chez eux », au théâtre.
Ces gestes sincères de partage font partie de l’ADN du théâtre du Bic.
Un cocon de création rare
Être un peu à l’écart des grands centres devient ici une force. Les équipes en résidence se retrouvent dans un véritable cocon : un seul projet à la fois, des repas partagés, des discussions qui se prolongent, une concentration rare.
Les artistes repartent transformés. Jamais avec l’impression d’un passage à vide, toujours avec celle d’avoir franchi une étape significative.
Une fierté partagée
C’est avec humilité et conviction que Marie-Hélène Gendreau parle de la mission du théâtre : être partie prenante de la genèse d’un projet (sans jamais interférer artistiquement) nourrit un profond sentiment d’utilité et de joie. Voir les œuvres prendre leur envol, partir en tournée et rayonner ailleurs est une grande victoire pour l’équipe. Mettre son expertise, son réseau, et son regard au service des artistes, créer des liens, décloisonner, provoquer des rencontres, favoriser l’émergence de nouvelles équipes, faire du théâtre une véritable pépinière : voilà la grande fierté du théâtre du Bic !
La création comme acte de résistance
Créer, aujourd’hui, est un acte de résistance. Les pratiques artistiques les plus audacieuses, souvent en marge, existent partout — en région comme dans les grands centres. Le public est prêt. Curieux. Ouvert. Pour peu qu’on l’accompagne, qu’on le mette en contexte, qu’on l’invite avec respect.
Au Théâtre du Bic, cette confiance est palpable, et elle donne des ailes aux artistes, comme à celles et ceux qui les accompagnent.





