« J’ai souvent dit que je m’intéressais à montrer les symptômes de situations sociales et politiques plutôt que de les commenter. Je m’intéresse beaucoup à l’actualité, à la géopolitique, aux mouvements sociaux. Je ressens un déphasage entre des réalités vécues ou perçues, une déconnexion entre mes contemporains. Ou peut-être que c’est la fin d’une illusion de connexion? Il me semble que la société qui m’entoure progresse, mais les progrès sont nichés, non partagés, et il me semble que cela crée une difficulté de plus en plus grande à trouver du commun, des dialogues.
Malgré l’impossibilité de s’entendre sur certaines définitions, sur un vocabulaire commun, les prises de parole sont incessantes, décomplexées et assourdissantes. Il me semble parfois que tout devient combat, alors que tout est fragile. Souvent je ne sens que de la confusion. Je vois des parallèles entre cette situation globale, sociale, et des situations intimes, particulières. Lorsqu’on s’enferme dans un narratif qui nous rassure, on ne peut absolument pas créer du lien. La connexion nécessite une ouverture à l’incertitude, et risque sans cesse de nous transformer.
Chansons d’amour et d’effondrement s’intéresse aux conséquences de cette confusion, de ces fermetures, s’intéresse aux sensations qui s’y rattachent. Le temps s’étire ou se contracte, la gestuelle flirte avec des rythmes extrêmes, en lenteur ou en vitesse, extrêmes qui traversent parfois les corps en même temps. Cela crée une grande complexité physique, une tension palpable. Le travail porte aussi sur une hyper attention à l’intention plutôt qu’aux conséquences, laissant voir les angles morts que cet hyper focus crée, et offrant aux spectateurs la chance de connecter avec la vulnérabilité des corps en illusion de contrôle. »


