« Il pleut, il plaint, il rage » est le dernier solo de Charles Brecard, récompensé par le premier prix de la Meilleure Chorégraphie et récipiendaire de deux résidences de création en Italie (Dance Arts Faculty et Equilibrio Dynamico) au Internationales Solo Tanz Theater Stuttgart in 2023.
L’oeuvre est basée sur la recherche d’une rage lancinante et grandissante qui s’installe au sein de l’artiste face à notre incapacité de changer face aux défis de notre ère et de la complète inertie de notre système. Comme si nous étions condamnés à nous soumettre à une main invisible ou à nos instincts primaires, incapables de nous élever. Le personnage se transforme tout au long de la pièce, passant d’un délicat moine, à une violente chimère, dansant avec finesse à travers interruptions, fluidité et lourdeur. D’un état de suspension et de poésie, il succombe progressivement à la laideur et au chaos.
Le solo offre un voyage, un exultoire face à l’absurdité du monde et peut-être un peu de réconfort.
« Et j’orage
Du moine, je ne suis que l’habit
Apparu de nul part, je disparaîtrai telle la fumée
Je suis colère, espoir, amour, désolation,
Chanson de consolation
Et j’orage, et j’orage,
Car des limbes j’apparais enfin
Errant dans la transformation,
j’oracle, je racle et je crache.
D’un souffle strident, j’appelle le feu.
D’un cri ardent, j’appelle la rage.
Car c’est avec elle que le monde m’appartient.
De notre union, il ne restera qu’une amère pluie.
Les échos d’un réconfort qui nous aura échappé.
Une étincelle camouflée dans un torrent de dédain.
Un couplet incomplet, interdit, impossible et impassible
Et j’orage, et j’orage,
Que les corps se battent, que l’écorce s’abatte.
Tandis que dans notre vallée apathique, nous nous réjouissions que tout s’efface.
Que tout s’effondre.
Et que des cendres, puisses-tu nous pardonner et qui plus est,
Nous laisser valser en paix. »
Charles Brecard


